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Husbands & Wives

Husbands & Wives

Découvrez-en plus sur Wives, réponse féministe d'Anja Breien au Husbands de John Cassavetes (dans l'abonnement jusqu'au 23 mai) !

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En 1975, Anja Breien est déjà une cinéaste reconnue en Norvège quand elle réalise Wives, un film drôle et engagé, tourné avec une grande légèreté de moyens et conçu comme une réponse féministe à Husbands de John Cassavetes, sorti 5 ans plus tôt.

Pensé collectivement avec ses trois actrices — Anne Marie Ottersen, Katja Medbøe et Frøydis Armand — Wives retrace les quelques journées de liberté que s’octroient trois amies, abandonnant un instant leurs obligations de femmes au travail, d’épouses et de mères pour se retrouver et profiter de la vie. Voir Wives aujourd’hui en regard de Husbands, c’est être saisi par les échos esthétiques qui se tissent entre les deux films et, dans le même temps, mesurer l'abîme qui sépare ces portraits au masculin et au féminin : les deux groupes boivent, draguent, errent dans les rues de la ville. Mais le regard posé sur les personnages change radicalement d’un film à l’autre, tant l’audace vitale des amies de Wives contraste avec un certain pathétisme qui entoure les trois camarades d’Husbands

La structure des deux films se répond parfaitement : Harry, Gus et Archie (Ben Gazzara, John Cassavetes et Peter Falk) décident de prendre le large quelques jours après l’enterrement d’un ami, et c’est un autre événement collectif qui marque le début des aventures de Mie, Kaja et Heidrun, une réunion d’anciennes élèves. Les deux ouvertures sont ponctuées de photographies, jouant sur les impressions de vraisemblance et d’authenticité, laissant entendre que la fiction s’ancre dans le réel ; sensation exacerbée par le travail d’improvisation qui confère presque à certaines scènes une impression de caméra cachée. Et les parallèles s'enchaînent : on trouve des excuses pour s’absenter au travail, on boit, on va au sauna — ou à la piscine —, on flirte, on se dispute dans des toilettes de bar, on danse dans la rue, on part en voyage…

Mais là où les maris font essentiellement face à leur conscience et à la vacuité de leurs existences, Mie, Kaja et Heidrun n’ont pas le luxe d’ignorer les conséquences de leurs actes : elles savent le prix de leur liberté, et la nécessité impérieuse de se battre pour l’obtenir. Kaja est enceinte et, comme Mie, elle dépend économiquement de son mari. On les voit d’ailleurs régulièrement s'inquiéter de l’argent, le compter, économiser. Heidrun semble plus libre, mais son escapade lui coûte son emploi. Leur fugue est empreinte de joie, mais aussi d’un sens aigu du collectif, de la condition des femmes, dans une perspective politique, sociale et économique. Heidrun en particulier souligne les injustices dont elle est témoin au travail, quand une collègue étrangère se fait licencier pour être tombée enceinte, sans oser protester et sans trouver le soutien des syndicats — alors très masculins.

Dans Husbands, une certaine misère des relations hommes/femmes transparaît, où la drague se fait lourde voire violente, au mieux désespérée. Quand Harry daigne faire un saut chez lui, une dispute éclate, où il menace sa femme qui souhaite le divorce. Dans Wives, on accède au point de vue de ces femmes : leur première discussion annonce de suite la couleur, quand elles avouent rêver parfois que leurs maris s’en aillent. De manière plus sarcastique, elles décident dans une séquence aussi ludique qu’ironique de rendre aux hommes la monnaie de leur pièce, les abordant sans détours dans la rue pour le plus grand malaise de ces messieurs.

Ce renversement des rôles s’accompagne d’une révolution du regard, rendue explicite dans l’une des scènes de Wives : alors qu’elles suivent deux hommes pour continuer la soirée, ces derniers les conduisent dans leur studio photo. Elles refusent alors d’être l’objet de leur regard et se mettent à les photographier à leur tour, les invitant à prendre la pose. Cette opération de renversement est au cœur du mécanisme de la fiction, qui s’inaugure en un clin d’œil en empruntant les mécanismes du conte : quand elles quittent la fête de l'institutrice pour se lancer dans leur quête de liberté, Heidrun tombe maladroitement dans un fossé ; comme Alice dans le terrier du lapin, elle passe ainsi de l’autre côté du miroir, où les paradoxes du monde s’offrent à nous déformés mais aussi rigides que le réel.

Husbands s’ouvre sur la phrase, “A comedy about life, death, and freedom” [Une comédie sur la vie, la mort et la liberté], et il est en effet question de liberté dans les deux films proposés : mais dans un cas on en jouit — quitte à la noyer dans l’alcool — et dans l’autre on la prend. Cette conquête ne s’arrête d’ailleurs pas là, Anja Breien poursuivant le récit des aventures de Mie, Kaja et Heidrun par un deuxième puis un troisième volet chacun à 10 ans d’intervalle (Wives 2, 10 ans après et Wives 3, elles ont 50 ans ! sont à découvrir en salles).


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