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De ville en ville

De ville en ville

Découvrez-en plus sur la sélection thématique "De ville en ville" (dans l'abonnement jusqu'au 10 avril 2026) !

En ce mois de mars marqué par les élections municipales, LaCinetek vous propose de partir en tournée dans une dizaine de villes moyennes françaises. De Narbonne à Nice, de Lille à Brest, chacun des 10 films de notre sélection s’inscrit dans son propre territoire, son urbanisme mais aussi son imaginaire, tout en incarnant, par touches sensibles, une certaine Histoire des évolutions de la société française. 

Mediapart s'associe à la Cinetek pour couvrir les élections municipales 2026 à travers cette sélection fonctionnant comme une cartographie cinématographique de la France, à travers des films ancrés dans des villes et des contextes très différents. Mediapart est un journal en ligne d'information générale, participatif et indépendant, sans publicité ni subvention, et qui ne vit que du soutien de ses lecteurs. 


Voir les films 

Le jeune Daniel quitte la campagne où il vivait avec sa grand-mère pour rejoindre sa mère à Narbonne où il vivra ses premiers émois amoureux. La sobriété de la mise en scène, une certaine monotonie des dialogues, tout dans Mes petites amoureuses (1974) participe d’une représentation du quotidien dans sa non-spectacularité. C’est ainsi que Jean Eustache parvient à s’approcher au plus près de ce jeune homme en devenir à l’âge des désillusions de l’enfance. On observe avec Daniel tout en l’observant, double perspective que l’on trouvera souvent chez le cinéaste, des Photos d’Alix à Une sale histoire.

Si le film d'Eustache n’est qu’en partie inspiré de sa propre jeunesse, Agnès Varda reconstitue l’enfance de Jacques Demy dans Jacquot de Nantes (1991). Quelques mois avant sa disparition, Demy confie à Varda les souvenirs de son enfance pendant la guerre, le garage nantais de son père, la fabrication bricolée de ses premiers plans de cinéma. Et Varda construit une chambre d’écho pour tisser les liens entre sources d’inspirations et films futurs du grand cinéaste, dans un acte d’amour qui est aussi un hommage intime au compagnon d’une vie et à la naissance d’une vocation. 

Arrivé tout récemment à Clermont Ferrand, Jean-Louis retrouve un ami d’enfance, qui lui présente son amie Maud. Mais Jean-Louis en est convaincu, il a déjà trouvé la femme de sa vie bien qu’il ne l’ait qu’entrevue à l’église. Ma nuit chez Maud (1969) est l’un des six contes moraux d’Éric Rohmer, où les chassés-croisés amoureux forment une toile de fond aux réflexions philosophiques de Blaise Pascal quant aux choix qui guident nos existences.

Héritier d’une chaîne de supermarchés, Martial (Daniel Auteuil) décide de faire un saut à Limoges pour en observer la filiale et au passage changer d’air. Arrivé désabusé, il reprend goût à la vie au contact de Mr. Fonfrin (Jean-Pierre Marielle) et de sa domestique, Francine (Sandrine Bonnaire). Quelques jours avec moi (1988) marque un tournant dans la filmographie de Claude Sautet, après le succès des Choses de la vie et l’échec commercial de Garçon !, renouvelant notamment les acteurs avec lesquels il travaille et trouvant ainsi, entre satire sociale et comédie, un nouveau souffle.

Il s’appelle Brice, et il vient de Nice. Il a la langue bien pendue et tacle quiconque croise sa route. Il surfe aussi, mais Nice, c’est pas l’océan, et la vague se fait rare. Pire, il se voit sans ressources alors que son mafieux de père est arrêté. Un dur retour à la réalité s’annonce… Cultissime à sa sortie en 2005, Brice de Nice (James Huth) remet au goût du jour un humour décalé, proche de la bouffonnerie, qui révèle toute l’ampleur du talent comique de Jean Dujardin. 

C’est d’autres rencontres qui se nouent, à Lille cette fois-ci, autour de La Vie rêvée des anges d’Érick Zonca. Isa, fraîchement arrivée dans la ville du nord, croise la route de Marie ; elles deviennent compagnonnes de route et d’aventures. Le duo exceptionnel que constituent Élodie Bouchez et Natacha Régnier obtiendra un double Prix d’interprétation à Cannes puis le César de la Meilleure actrice et celui de l’Espoir féminin aux César en 1999.

Alors que plusieurs tours s’apprêtent à être démolies, Dominique Cabrera invite d’anciens habitants à revenir une dernière fois sur les lieux y évoquer leurs souvenirs. D’appartements en couloirs d’immeuble, on navigue avec elle dans la mémoire de ce quartier de Mantes-la-Jolie, faisant de cette Chronique d'une banlieue ordinaire une sorte de variation de La Vie mode d’emploi des années 90.

Le politique s’épanouit sous un jour nouveau dans Le Havre (2011), par la grâce du regard d’Aki Kaurismäki fait de douceur et de décalage burlesque. Dans une filiation revendiquée avec le réalisme poétique des années 30 (Quai des Brumes se déroulait au Havre, Arletty est le prénom d’un des personnages de Kaurismaki…), Le Havre se tient à la croisée du conte, et de l’actualité des villes portuaires, un jeune migrant s’employant à rejoindre l’Angleterre, aidé par un cireur de chaussures plutôt bourru (merveilleux André Wilms). 

C’est un retour aux sources du réalisme poétique que nous offre Remorques (1939), interprété par le couple iconique de Quai des Brumes — Jean Gabin et Michèle Morgan. Avec cette histoire d’amour et de tempête, fortement ancrée dans la culture brestoise du sauvetage en haute mer, Jean Grémillon signe un mélodrame aux accents presque cosmiques, porté par une bande son – musique et sons réels mêlés – d’une incroyable modernité. 

Si Jacques Demy grandit à Nantes, c’est dans un autre port, Cherbourg, qu’il installe son magasin de parapluies en 1963. Ici il ne s’agit plus d’arriver dans la ville, ou d’y résider, mais d’en partir, pour la Guerre d’Algérie qui hante le film, teintant de mélancolie le lyrisme du chant et la puissance des sentiments.

Réalisé dans le cadre d’une commande autour des villes modernes, À propos de Nice (1929) est le premier film de Jean Vigo, alors cinéphile de 24 ans. Ce poème documentaire, sous influence des avant-gardes aussi bien soviétiques (Dziga Vertov) que françaises (l’Entracte de René Clair, les films courts de Bunuel), déploie un art formel du contraste pour mieux brosser un portrait social de la ville de Nice, où se confrontent les activités de luxe et la pauvreté des travailleurs urbains.


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