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This month : Voix

Voix
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J’ai ta voix autour de mon cou…
La Voix humaine de Jean Cocteau

En novembre, LaCinetek entend des voix. Celles aux timbres d’actrices et d’acteurs immédiatement reconnaissables (de Jeanne Moreau, à Anna Magnani, de Gérard Depardieu à Bruce Willis), voix in ou off, secrètes ou publiques, sous écoute ou en manque d’écoute. Des voix nues, ou bien mues par des appareils qui amplifient ou transforment les sons - téléphones, micros, enregistreurs.

Ainsi des films d’espionnage, thrillers et polars où la voix fait l’objet d’enquêtes, sur le mode d’une filature acoustique, à l'affût de bruits et d’échanges suspects.

Conversation secrète (1974) de Francis Ford Coppola en est un des modèles du genre.
Tourné peu après le scandale audio du Watergate, le film instaure un dispositif auditif
paranoïaque, subtil mais intense. En position d’écoute : l’immense Gene Hackman, espion
plongé dans une matière sonore qui anticipe de quelques années le Blow-Out de De Palma.

De semblables engins électromagnétiques, enroulant leurs bandes en d’infinies spirales de
son, emmènent la détective privée Catherine Deneuve dans les contrées mystérieuses
d’Écoute voir (1977). Sami Frey et Florence Delay hantent également ce thriller onirique du
cinéaste argentin Hugo Santiago.

Sur mes lèvres (2001) de Jacques Audiard, propose aussi d’espionner les conversations des autres, mais en coupant le son cette fois. Ce polar original est porté par l’interprétation à vif du duo incarné par Emmanuelle Devos, en secrétaire malentendante, et Vincent Cassel, en jeune repris de justice.

Des souffles, des râles, des timbres rauques et sensuels fendent la nuit des films noirs.

Ainsi de la voix troublante de Jeanne Moreau dans Ascenseur pour l’échafaud (1958). « Si je n’entendais pas ta voix, je serais perdu dans un pays de silence », lui confie son amant. De même du spectateur, que Louis Malle perd dans une nuit d’errance, parsemée de notes de Miles Davis et de bribes d’émotions énoncées en voix off par son héroïne.

D’autres voix off caverneuses peuplent la sombre Sin City (2005) de Frank Miller et Robert
Rodriguez. Cette adaptation de comics travaille les voix stylisées, graves ou suaves, d’une
communauté de parias portée avec brio par Mickey Rourke, Jessica Alba, Bruce Willis,
Alexis Bledel ou Benicio del Toro.

Soudain, un téléphone sonne dans la nuit. La sonnerie, stridente, se répète. L’objet devient
une sorte d’arme aux mains d’un tueur anonyme qui terrorise ses proies, ses appels formant un préliminaire morbide. Terreur sur la ligne (1979), thriller horrifique de Fred Walton, inspirera d’ailleurs la célèbre saga des Scream.

Le téléphone transmet toutes sortes d’émotions. La Voix humaine (segment de Amore, 1948) de Roberto Rossellini, d’après la pièce de Jean Cocteau, dévoile le monologue déchirant d’une femme, passant un dernier appel à son amant. Anna Magnani, bouleversante, est laissée dans le silence de sa chambre, où résonne l’absence de l’être aimé.

Femmes au bord de la crise de nerf (1987) de Pedro Almodóvar s’inspire aussi, quoique plus librement, de la pièce de Cocteau. La rupture amoureuse devient ici une conversation
collective, amplifiée par les téléphones aux couleurs criardes et leurs répondeurs, ainsi que
les micros de Carmen Maura, Antonio Banderas ou Rossy de Palma…Cette troupe sait
donner de la voix, pour tonner la douleur et la bravoure, et mettre en pièce la lâcheté.

Parfois, ce ne sont plus seulement les acteurs, mais les auteurs qui se font entendre dans leurs films. Dans Le Camion (1977) Marguerite Duras lit à voix haute un film à venir à son acteur Gérard Depardieu. Les images forment un contrepoint déroutant à ces échanges, comme une rencontre insatisfaite entre le texte et l’écran.

Dans sa Lettre d’un cinéaste (1982) Alain Cavalier, quant à lui, nous convie de sa voix
chaleureuse dans l’intimité de ses images. Se mettant à nu, avec une sincérité troublante et
drôle, le filmeur nous dit sa journée devant une page blanche, alors qu’il prépare le dossier de production de son prochain film, Thérèse. « J’ai le trac » dit-il, et nous avec lui.

Pour finir, les histoires de voix laissent place aux voix de l’Histoire. La Langue ne ment pas
(2004), puissant documentaire de Stan Neumann, porte à l’écran les travaux de l’intellectuel juif allemand Victor Klemperer sur la langue du Troisième Reich. Mêlant inventivité formelle et archives d’époque, le film met à jour la tyrannie d’une langue empoisonnée et le pouvoir de propagande des voix qui la portent.

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    Il y a quelque chose d'irréel dans la manière de traiter la féminité. C'est ça que je trouve génial.

    Paloma (Hugo Bardin) à propos de Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar 

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