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La Trilogie d'Apu de Satyajit Ray

La Trilogie d'Apu de Satyajit Ray

Découvrez en plus sur la Trilogie d'Apu de Satyajit Ray, dans l'abonnement jusqu'au 29 septembre 2025 !

 

Alors que l’Inde vient de gagner son indépendance, un jeune graphiste ouvre à Calcutta un ciné-club dédié au cinéma européen et américain. Nous sommes en 1947, et le jeune Satyajit Ray hésite encore à franchir le pas qui le sépare de la réalisation. Depuis, son nom est devenu l’incarnation du cinéma indien pour nombre de cinéphiles. De fait, son premier long métrage, Pather Panchali (La Complainte du sentier), permet la (re)connaissance en Occident d’un cinéma d’auteur indien, au risque d’occulter la diversité de la production indienne, notamment populaire : en effet, de Bollywood à Kollywood, l’Inde abrite l’une des plus prolifiques industries cinématographiques au monde, chaque région ayant développé sa propre identité culturelle.  

Le succès international de la Trilogie d’Apu est à mettre en regard avec la conception que Ray se fait du cinéma, comme lieu de syncrétisme entre culture indienne — et plus précisément bengali, à l’est du pays — et occidentale. Son œuvre s’inscrit dans son territoire dont il capte les forces luxuriantes de la nature tout en brossant une peinture sociale sensible pour saisir les limites d’une modernisation éclair en pleine montée du capitalisme. Cependant, en termes de mise en scène, Ray adopte des codes plus directement issus des courants européens comme le néoréalisme italien et sa recherche du plan juste, celui qui saura atteindre le plus haut niveau d’émotion avec la plus grande économie de moyen. La force de son œuvre se joue dans cet équilibre, qui se met en place dès son enfance.  

Satyajit Ray naît en 1921 à Calcutta, dans un contexte particulier : une crise économique sévit due au récent déplacement de la capitale à Delhi, mais le Bengale est aussi considéré comme le centre intellectuel du pays. Ray grandit d’ailleurs dans une famille de penseurs et d’artistes proches des idées de Rabindranath Tagore (Prix Nobel de littérature en 1913). Ce dernier porte des valeurs progressistes, notamment quant à la place des femmes dans la société et au système de castes, et prône une modernisation de la tradition littéraire. Tout en soutenant activement l'indépendance indienne, il manifeste une attitude d’ouverture envers la culture occidentale. Ces différents aspects sont au cœur du cinéma de Satyajit Ray, pour qui Tagore est un véritable maître : Ray lui dédiera d’ailleurs un documentaire et adaptera plusieurs de ses écrits à l’écran, comme Charulata en 1964. 

Quand il ouvre son ciné-club, Ray a déjà le désir d’adapter Pather Panchali, le roman d’apprentissage de Bibhutibhushan Bandopadhyay (1929) qui est un grand succès populaire dans le pays. Deux rencontres vont alors s’avérer décisives : la première, en 1949, est celle avec Jean Renoir, qu’il aide pour les repérages du Fleuve ; la seconde, l’année suivante, a lieu lors d’un voyage à Londres où Ray subit un choc esthétique à la vision du Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica. Le cinéma de Ray se place ainsi, dès ses débuts, sous le double signe du réalisme poétique français et du néoréalisme italien mais aussi sous celui du lyrisme de la nature propre aux textes de Tagore. 

Ray s’entoure d’amis et amateurs pour le tournage de La Complainte du sentier (1955), qui s’effectue sur plusieurs années, en raison du manque de financements. Le soutien de John Huston lui permettra néanmoins de faire sa première internationale au MoMA de New York. Le succès du film permet à Ray de s’atteler au 2ème volet de sa trilogie L’Invaincu, qui obtiendra le Lion d’or à Venise en 1957. Là où La Complainte du sentier était consacré à l’enfance d’Apu, L’Invaincu dépeint son adolescence qui se poursuit par son entrée dans l’âge adulte avec Le Monde d’Apu (1959), d’après la suite du roman de Bandopadhyay, Aparajito (1932).  

La Trilogie d’Apu, récit de formation entre épreuves de la perte et quête de soi, lance le Nouveau Cinéma Indien, qui s’étendra peu à peu du Bengale au pays entier, et marquera l’imaginaire de nombreux cinéastes de François Truffaut à Wes Anderson, en passant par Abbas Kiarostami. Dès ses premiers films, Ray forge l’identité du cinéma bengali avant d’accéder au rang des maîtres incontestés du cinéma mondial.

Les films de la Trilogie d'Apu sont dans l'abonnement jusqu'au 29 septembre.


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