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Dilemmes de l'amour

Dilemmes de l'amour

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Si au cinéma, comme dans les chansons, l’amour a toujours été un thème de prédilection, notre sélection s’éloigne des romances pour sonder les profondeurs de nos vérités intimes. Amours fous contrariés par les destins individuels ou les normes d’une époque, triangle sulfureux, quête d’émancipation ou radiographie d’une séparation, les 10 films - immenses - de notre sélection mettent à nu les mouvements de l’amour, avec pudeur ou crudité, mais dans toute la complexité de leurs puissances romanesques.

John Keats, le poète, passa tel une étoile sur le monde, emporté par la tuberculose à seulement 25 ans. Mais c’est à Fanny Brawne, l’amour de sa courte vie, qu’il dédie son poème Bright Star, et c’est elle que choisit Jane Campion comme figure centrale de son film. Le romantisme infuse toute l’œuvre entre l’émergence du mouvement esthétique (on est en 1820 en Angleterre) et le récit de la naissance d’un amour passion, chaste mais contrarié, défiant tous les obstacles sur son passage. Le film-poème, composé comme une ballade, entre en résonance avec une nature anglaise en majesté.

L’attachement d’une vie qui unit Georges et Anne (Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva) est bercé par la passion de la musique. À 80 ans passés, la douceur de leur union est mise à rude épreuve quand la santé d’Anne se dégrade inexorablement. Palme d’or en 2012, Amour de Michael Haneke est une ode aux sentiments les plus purs, mis sous tension par les aléas de la vie ; la tragédie humaine, dans son infiniment petit, saisie dans son âpre poésie.

La disparition de Jeanne, qui se sait condamnée, hante elle aussi l’histoire d’amour et de désir, à priori impossible, entre un jeune garagiste et une pharmacienne de 20 ans son aînée. Digne héritier de Grémillon et de Douglas Sirk, Paul Vecchiali épouse avec une empathie bouleversante la fragilité de ses deux personnages, pris dans un Corps à cœur (1979) aussi solaire que mélancolique, accompagné par le Requiem de Fauré.

Fumiko, mère de deux jeunes enfants et épouse d’un mari infidèle, trouve refuge dans la poésie. L’amour vient chambouler sa vie peu de temps avant d’apprendre qu’elle a un cancer du sein… Maternité éternelle (1955), chef-d’œuvre de la pionnière Kinuyo Tanaka, nous offre un point de vue féminin sidérant de modernité sur les corps et la quête d’émancipation de son héroïne, avec en toile de fond une représentation inédite de la société japonaise d’après-guerre. 

Le triangle amoureux est un dilemme vieux comme le monde, si bien qu’il a de nombreux noms : La Maman et la Putain en est un, qui souligne les carcans qui condamnent les femmes à être catégorisées entre celles qu’on épouse et celles qu’on désire. L’œuvre majeure de Jean Eustache, devenue culte dès sa sortie en 1973, joue des codes de la Nouvelle Vague et de ses personnages en errance, pour mieux saisir les enjeux, ou les impasses, de la libération des mœurs qui rythme les amours des années 70.

La jalousie consume les personnages de Nuits d'ivresse printanière (2009), un étrange trio composé d’un mari infidèle et du couple d’apprentis détective envoyé par son épouse pour l’espionner. Tourné en secret pour braver la censure chinoise, la problématique de la clandestinité se propage sur tout le film, qu’il s’agisse d’amours homosexuelles ou d’activités illégales. Proposant une fresque quasi documentaire sur les milieux gay marginalisés, la mise en scène de Lou Ye, à fleur de peau, fait battre le cœur du film au rythme des désirs.

C’est un pari fou, un film fleuve, une fresque sur l’amour qui se délite et sur une pièce qui se construit, un dialogue entre les lettres et le cinéma. C’est L’Amour fou (1967), double lecture du couple moderne et d’Andromaque de Racine, où le théâtre se fait miroir de la vie ou l’inverse. Mais c’est bien là tout l’art de Jacques Rivette : faire éclore la vie à partir d’une simple graine de fiction. 

Ingmar Bergman est au sommet de son art quand il signe en 1973 une série en six épisodes pour la télévision suédoise, remontée ensuite en un seul film : Scènes de la vie conjugale, ou la chronique d’un couple sur dix ans et sa désintégration au fil du temps. Rarement un film n’aura atteint une telle vérité dans sa description des mouvements de l’amour - ou de la haine -, et la mise à nu de deux êtres humains qui se dépouillent peu à peu de leurs masques sociaux. Reflet d’une époque qui voit les femmes s’émanciper du carcan du mariage, le succès triomphal du téléfilm en Suède déclenchera une vague de divorces jamais connue dans le pays.

Un film d’amour (1970) est une autre fresque de l’intime, qui fait face ici frontalement aux rouages de l’Histoire. En dépit des séparations et des obstacles — les répressions de l'insurrection hongroise contre le régime soviétique en 1956 -, Jancsi fera tout pour retrouver Kata, son amie d’enfance. István Szabó construit son récit par fragments et détours, pour mieux explorer l’amour sous toutes ses formes.

Concluons cette traversée des sentiments par un film en forme de question : qu’est-ce que l’amour au temps de l’intelligence artificielle ? Comment celle-ci impacte notre rapport à l’autre ? Dans Her (Spike Jonze, 2013) l’IA se fait mirage, et son anthropomorphisme tend des pièges subtils : Theodore (Joaquin Phoenix) se laisse ainsi bercer, pour un temps, loin de sa solitude par la voix d’une machine, si tendrement et cruellement incarnée par Scarlett Johansson.


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