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Jeunes héroïnes

Jeunes héroïnes

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“Sisters are doin' it for themselves” (Eurythmics et Aretha Franklin)

De l'enfance à l'entrée dans l'âge adulte, notre sélection est une plongée au cœur de récits portés par de jeunes personnages féminins. Provenant de pays et d'époques très variés, nos dix héroïnes portent en elles, chacune à leur façon, une révolte ou un désir d’émancipation, bien loin des clichés qui accompagnent trop souvent les représentations du féminin. Se confrontant avec vaillance à l'ordre établi ou aux chemins pré-tracés (de la famille au mariage), elles prennent leurs rêves en main et bravent les vents mauvais, au risque d'en payer le prix, pour inventer leurs propres vies.

Témoin silencieuse du décès de ses parents, Ana grandit avec ses sœurs chez sa tante. Navigant entre présent, passé et futur, et rythmé par l’entêtante ritournelle de Porque te vas, Cria Cuervos (1976) dessine un drame intime de l’enfance. Mêlant fantasmes et souvenirs, Carlos Saura invente un portrait atypique et trouble de jeune fille. L’obsession mortifère qui plane sur cette famille se fait peu à peu métaphore d’un régime sur le déclin, alors que la dictature franquiste touche à sa fin.

Dès ses débuts, Jane Campion a su mettre en image les sourds déchirements intérieurs de ses héroïnes. Un ange à ma table (Grand prix du jury à la Mostra de Venise en 1990) prolonge les secousses qui animaient son premier film, Sweetie, telles le drame familial et les personnages hors-norme (Campion filme d’ailleurs à fleur de cadre, à la marge même de l’écran). Adapté de la série de romans autobiographiques de Janet Frame, ce second long métrage voit sa protagoniste s’émanciper peu à peu, transformant la pseudo-folie qu’on lui attribue en matière artistique.

Quand elle sera grande, Ludo sait ce qu’elle voudra être : une femme. Assignée garçon à la naissance, Ludo fait alors face à la violence des réactions de son entourage — parents en tête — à l’exception de sa grand-mère. À une époque où les portraits de personnes trans sont encore très rares au cinéma, Ma vie en rose (Alain Berliner, 1997) propose un portrait grand public, entre drame et goût assumé du kitsch, qui renvoie aux pouvoirs du conte et de l’imagination enfantine, alliés essentiels dans l’affirmation de soi.

Pauline s’arrache (2015) commence comme dans un conte, où la princesse adolescente devient suffisamment punk pour déjouer les attentes, sans jamais les décevoir. Dans une famille haute en couleur, où un certain sens de l’excès est la chose la mieux partagée, Pauline apprend à voler de ses propres ailes. En filmant sa demi-sœur à cet âge charnière, Émilie Brisavoine signe un portrait de famille aussi drôle que volcanique.

En 1974 Rainer Werner Fassbinder s’empare du roman de Theodor Fontane, Effi Briest, écrit près d’un siècle plus tôt. Dans le contexte des années 70 et le renouveau des mouvements féministes, l’histoire de cette femme piégée par les conventions résonne particulièrement. Magnifiquement incarnée par Hanna Schygulla, la virevoltante Effi se trouve peu à peu isolée par son mari, jusqu’au drame dont elle assume la seule responsabilité. La fragmentation du récit, par bribes, nous fait toucher au plus près cet isolement tragique.

En plein âge d’or hollywoodien, l’actrice Ida Lupino crée sa société de production, et se retrouve, presque malgré elle, à en réaliser le premier film alors que le cinéaste envisagé abandonne le tournage, devenant ainsi l’une des très rares réalisatrices de cette période. Avant de t’aimer (1949) contient déjà les éléments qui caractériseront son cinéma : la rencontre entre un sens aigü du réalisme, confinant au documentaire, et un véritable sens dramatique, où le plaisir de la fiction n’occulte pas une critique acerbe des hypocrisies de la société américaine.

Plongée glaçante dans une spirale aliénante, Barbara Loden réalise et interprète en 1970 un portrait de femme unique, anti-héroïne par excellence, qui, bien que libérée des liens du mariage, n’a pas les conditions matérielles pour s’émanciper. L’errance de Wanda est filmée au plus près, mais chaque gros plan sur son visage souligne l’incommunicabilité qui s'établit entre son personnage et les spectateurs. Le seul film de l’actrice Barbara Loden est un diamant noir, un cri de désespoir contre le monde tel qu’il va, d’où sugissent des émotions d’une âpreté inouie.

Hors de la famille et du mariage, nos jeunes héroïnes n’en sont pas moins contraintes de se battre pour s’imposer et suivre leur voie. C’est littéralement sur le ring que Maggie s’affirme et fait ses preuves dans Million Dollar Baby (2014), encouragée par son mentor qui — sans l’avouer — voit en elle une seconde fille. Avec la virtuosité qu'on lui connaît, Clint Eastwood adopte les codes classiques du film américain d’apprentissage puis en dévie dans le tournant final, dont la rudesse fait basculer le récit dans une dimension inattendue.

Marie et Marie sont amies, et elles ont un clair objectif en tête : vivre la vie la plus dépravée possible. Allant à l’encontre de tous les clichés qui entourent les personnages féminins, Les Petites marguerites (Věra Chytilová, 1966) nous entraîne dans un voyage au cœur du cinéma et de ses possibilités formelles. Surmontant la censure, le film devient un brûlot culte pour la liberté, et un classique de la Nouvelle Vague tchèque, deux ans avant le Printemps de Prague.

Dernier film du cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambéty, La Petite vendeuse de soleil (1999) est une ode au courage et à la persévérance de l’enfance. Sili vit à Dakar avec sa grand-mère aveugle, et ne peut elle-même pas se déplacer sans béquilles. Elle repère un groupe de jeunes garçons vendant des journaux, et décide de s’imposer parmi eux, bien qu’on n’ait jusqu’à présent jamais vu de filles faire ce métier là… Comme bien des fables, ce récit dur et solaire souligne les injustices et les capacités de résistance de celles qui les subissent.


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