Rétrospective Jacques Tourneur à la Cinémathèque Française
La Cinémathèque française organise une rétrospective de son oeuvre du 30 août au 1er octobre 2017. Pénétrez dans l’univers du maître du fantastique, qui croyait lui-même au surnaturel, à travers trois films d’épouvante.

Né à Paris en 1904, Jacques Tourneur est le fils du réalisateur Maurice Tourneur, avec qui il part s’installer en Amérique au début des années 1930. Après avoir collaboré aux scripts des films de son père, Jacques Tourneur retourne en Europe et se lance dans la réalisation. Revenu aux Etats-Unis, il fait la rencontre du producteur Val Lewton qui l’engage à la RKO (studio hollywoodien spécialisé dans les films de série B). 

La Féline

Après plusieurs films d’aventures, Val Lewton propose à Jacques Tourneur de réaliser son premier film fantastique : La Féline. Tourné en à peine trois semaines, l’oeuvre suit une jeune femme persuadée d’être victime d’une malédiction qui la ferait se transformer en panthère.

Pour asseoir l'atmosphère d’inquiétante étrangeté, Tourneur se met en quête de filmer l’invisible. Le surnaturel est hors-champ pour être encore plus menaçant. Ainsi, selon Jacques Lourcelles, “le fantastique découvre qu’il peut tirer son efficacité maximum de la litote, qu’il peut inventer de nouveaux moyens d’empoigner le spectateur en s’adressant à son imagination”.*

Après les recettes catastrophiques de Citizen Kane, précédent film produit par la RKO, La Féline est un véritable succès au box-office et permet au studio d’échapper à la faillite.

Vaudou

En 1943, Tourneur poursuit son incursion dans la veine du film d’horreur avec Vaudou, librement adapté de Jane Eyre de Charlotte Brontë. Sur une île au large d’Haïti, une jeune infirmière est engagée par un riche propriétaire terrien pour soigner son épouse, rongée par un mal mystérieux. Le film s’ouvre sur la voix off de l’héroïne :"Ce n’est pas beau. Tout vous semble beau parce que vous ne comprenez pas. Rien n’est beau ici. Tout n’est que mort et putréfaction. " Là encore, tout l’art de Tourneur est de suggérer et de laisser le doute envahir le spectateur : Quels secrets dissimule la somptueuse demeure du couple ? Les rites vaudous pratiqués par les habitants de l’île relèvent-ils de la magie noire ?

Rendez-vous avec la peur

Je déteste l’expression « film d’horreur ». Moi je fais des films sur le surnaturel et je les fais parce que j’y crois. Je crois au pouvoir des morts, aux sorcières. J’en ai rencontré d’ailleurs quand je préparais Rendez-vous avec la peur” *

Classé par Martin Scorsese à la neuvième place des films les plus effrayants, Rendez-vous avec la peur (1957) clôt la trilogie d’épouvante de Jacques Tourneur. Le cinéaste souhaite transmettre sa croyance des forces occultes au spectateur. Il le transporte ainsi dans un manoir anglais, sur les traces d’un professeur dont la disparition inexplicable semble liée aux activités démonologiques d’un étrange docteur...

* J. Lourcelles : Dictionnaire du cinéma (1992)
* Extrait d’une interview de Jacques Tourneur parue dans Positif

Les chefs-d'oeuvre de l'épouvante de Jacques Tourneur :