La vénération des scandales et controverses au Festival de Cannes
Du 26 avril au 28 mai 2017, la Cinémathèque française met à l’honneur le festival de Cannes, en revenant sur les scandales et controverses qui ont ébranlé la Croisette depuis sa création en 1946.

Le « festival du monde libre »*, adulé à la fois par le public, la critique et les professionnels est le festival le plus médiatisé, et si la presse est déçue, elle attaque sans scrupules. Nombreuses sont les controverses divulguées : que ce soit par rapport aux sélections, palmarès, conférences, tapis rouges ou encore aux revendications politiques, le festival fait couler de l'encre.

Le scandale italien : Antonioni et Fellini 

On se souvient notamment de l’année 1960 où les critiques réservent un accueil très froid à deux films franco-italiens : L’Avventura et La Dolce Vita. Ce dernier sera notamment censuré par le Vatican. En ce qui concerne le film d’Antonioni, il suscite huées, critiques, bâillements, moqueries et reçoit le prix du jury sous les lancers de tomates. Rossellini et une trentaine d’autres cinéastes écrivent alors une lettre pour soutenir le réalisateur.

La grande bouffe : film grotesque ? 

L’édition de l’année 1973 fait face à l’un des plus grands scandales du festival. La grande bouffe choque la Croisette et devient un phénomène national, comme le rappelle l'actrice Andréa Ferréol au journaliste Laurent Rigoulet : « Quand nous sommes rentrés à Paris, certains restaurants refusaient de nous servir. Un soir, dans un restaurant italien, une femme est venue me voir et m'a dit : « Madame, puisque vous êtes là, je pars ! » ou encore « Madame, j'ai honte d'être française ! ». Ingrid Bergman, alors présidente du jury, le décrira avec La Maman et la putain (en compétition la même année) comme « les films les plus sordides et les plus vulgaires du Festival ». D’après François Chalais, journaliste d’Europe 1 : « Le Festival a connu sa journée la plus dégradante et la France sa plus sinistre humiliation » …

Politique et quiproquos 

Le festival peut également soulever des controverses politiques : tel fût le cas pour Nuit et Brouillard d’Alain Resnais ou encore L'Homme de marbre de Wajda, qui a dû déjouer les autorités et la censure pour être projeté en surprise en 1978.


Cinq ans plus tard, Nostalghia d’Andreï Tarkovski et L'Argent de Robert Bresson sont mal compris par les festivaliers. Quiproquos, malaise, et tension sont au rendez-vous : un problème de traduction laissera penser que Bresson revendique une palme, ce qui sera vu comme un caprice de la part de Tarkovski alors qu’il admire le réalisateur français. Un prix est inventé pour tenter d’apaiser les esprits : le Grand prix du cinéma de création, remis aux deux réalisateurs par Orson Welles. Alors que Tarkovski remerciera le festival, Bresson restera coi et ne reviendra plus jamais.  


Les polémiques et scandales naissent et forgent le festival tout en offrant aux films et/ou réalisateurs une longue vie. Chaque année, la magie recommence tout en étant accompagnée des souvenirs du passé : que serait un Festival de Cannes sans une légère pointe de nostalgie ?

*Marijke de Valck, Film festivals : from European geopolitics to global cinephilia, Amsterdam University Press, 2007, 276 p.

La Cinémathèque française vous invite donc à voyager dans le temps à travers ces œuvres sulfureuses.


La Cinetek vous propose de redécouvrir les films qui ont fait scandale au festival : 

    

    

   

 

Vous pouvez également revoir les films ayant reçu la Palme d'or ou le Prix du Jury ici