Justice au cinéma
À l'occasion du cycle « Justice au cinéma » qui se tient du 28 mars au 31 mai 2017 à la Cinémathèque de Toulouse, LaCinetek vous propose de revenir sur le genre du “film procès”, avec pour exemples Autopsie d'un meurtre et Moi, Pierre Rivière ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère.

Principalement exploité par l'industrie hollywoodienne, le film procès, mélangé au film noir comporte de nombreux sous-genres comme le film de vengeance, d'avocats, de crime, etc. Si l'appellation peut paraître confuse, ils traitent pratiquement tous de la même question universelle : la justice existe-elle ou est-elle simplement un jeu ?

Certains essaient de décortiquer le système judiciaire alors que d'autres préfèrent le traiter sous le ton de la comédie. Le point de vue des avocats, juges ou victimes est généralement privilégié mais une minorité tente d'offrir un vent de renouveau en se positionnant du côté du coupable afin de le comprendre et de lui donner la parole.

C'est notamment le cas de Moi, Pierre Rivière ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère, fait réel devenant un cas d'analyse pour Michel Foucault et un sujet de film pour René Allio. Il revient sur l'histoire de ce jeune coupable âgé de 18 ans, condamné à mort en 1835 mais gracié à perpétuité. Il décide cependant de se suicider après avoir écrit sa version des événements : alors qu'on le présentait comme un fou, inconscient de ses actes, Pierre Rivière révèle au fil de son récit une personnalité beaucoup plus complexe en affirmant avoir prémédité le meurtre des membres de sa famille. En écrivant le scénario avec deux critiques des Cahiers du Cinéma, Serge Toubiana et Pascal Bonitzer, Allio transforme ce paysan  meurtrier en véritable héros du film. Le cinéaste, à l'aide de comédiens amateurs, propose une reconstitution historique de cette tragédie à la fois fait de fiction et de documents.

De son côté, Otto Preminger s'empare du best-seller de l'année 1958, Autopsie d'un meurtre écrit par John D.Voelker, avocat ayant défendu l'accusé d'un meurtre commis quelques années auparavant. Preminger signe alors l'un des films emblématiques du genre, notamment par le traitement esthétique dont il fait l'objet : souvent caractérisé comme étant froid telle une autopsie, le film dresse d'un point de vue cynique et distancié le portrait du système judiciaire américain dans ses moindres rouages, en alternant entre la profondeur de champ et les gros plans sur les visages des protagonistes. En incarnant l'avocat de la défense, James Stewart montre avec talent toute l’ambiguïté de la loi.

Si le procès est souvent mis en scène au sein de l'industrie cinématographique, c'est justement parce que lui-même repose sur une construction théâtrale et permet ainsi de jouer avec les codes esthétiques du cinéma. Comme le souligne Christian Guéry, il existe une théorie du jeu au sein de l'exercice du droit. Les avocats s'emparent alors de la scène (devant le juge) tels des comédiens afin de délivrer leur meilleure performance pour remporter le procès. La question n'est pas de découvrir la vérité et de sévir le coupable, l'enjeu primordial est d'être le plus convaincant possible, quitte à manipuler l'auditoire.

Dès lors, le cinéma et le tribunal se rejoignent afin d'offrir à leurs acteurs la parole et par conséquent, le pouvoir de persuasion. Comme disait Max Weber, le procès est « comme un jeu, on le perd ou on le gagne, son existence même donne des règles qui en délimitent conceptuellement les contours ».


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