Jerzy Skolimowski à la Cinémathèque de Toulouse
« N’écoute pas ces imbéciles d’Américains ! Toi et moi sommes les meilleurs cinéastes du monde », lui dira Jean-Luc Godard après une mauvaise presse dans le New York Times.

Très souvent mal compris, le cinéma de Skolimowski est inclassable, prenant ses origines dans la boxe, le jazz, la littérature et la peinture. À l'occasion de la sortie en France de son film 11 Minutes, la Cinémathèque de Toulouse reprogramme l'ensemble de sa filmographie et invite le cinéaste à présenter sa dernière œuvre le 19 avril.

Polonais d'origine, il fait ses premiers pas en même temps que Polanski, qu’il fréquente à l'école de cinéma de Lodz. Il se confie notamment sur ses jeunes années au journaliste Serge Kaganski en disant avec une part de nostalgie : « C’était fantastique, […] Nous étions jeunes, beaux, sexy, parés du prestige de futurs cinéastes […] Roman avait trois ans de plus que moi, il était le roi de l’école, le chéri de ces dames. Après son départ, j’ai pris le relais »*.

Skolimowski commence à se faire un nom avec des films autobiographiques tournés en une seule prise. Mais sa vie et sa carrière prennent un tournant inattendu lorsqu'il réalise, en 1967, Haut les mains : considéré comme une charge à l'encontre du gouvernement de Staline, le film est censuré et Skolimowski est obligé de s'exiler. Traumatisé par cet évènement et ne s'habituant pas aux conditions de tournages à l'étranger, le cinéaste se perd, enchaîne les tournages difficiles jusqu'à revenir en 1991 dans son pays natal. À la suite de Ferdydurke (1991), il décide de faire une pause et s'absente pendant dix-sept ans.

Sa période en Angleterre lui permet de signer ses deux grandes œuvres, reconnues à la fois par le public et la critique. Deep End, tourné en 1970, est l'un des premiers films européens traitant de l'adolescence. À partir d'une impressionnante composition picturale, l'esthétique du film participe à la construction d'une atmosphère singulière venant raisonner avec le désir, le sexe et la mort des personnages. Douze ans après, il choisit Jeremy Irons pour interpréter son double à l'écran dans Travail au noir. Le film est un succès et reçoit le prix du meilleur scénario à Cannes. Pierre Murat le qualifie en ces termes : « mise en scène rapide, aiguisée, féroce, bleutée (dans l'image) et noire (dans le style), avec un dénouement qui claque comme une gifle. Skolimowski peint une Angleterre comme une terre inconnue, terrifiante dans ses préjugés et son intolérance ».

Le cinéaste filme pour que son existence ait un sens en tant que créateur et comme il l'avoue lui-même : « la réalisation est une souffrance. La fabrication d’un film n’a rien d’une partie de plaisir, elle me violente ».

Rigoulet Laurent, “Un cinéaste au fond des yeux #66 : Jerzy Skolimowski” publié dans Télérama, le 5 novembre 2010. 

LaCinetek vous propose de (re)découvrir deux de ses films :