Rétrospective Jacques Becker
À l'occasion de la rétrospective Jacques Becker, qui se tient du 5 au 29 avril 2017 à la Cinémathèque française, LaCinetek vous propose de revenir sur trois œuvres de ce réalisateur emblématique du cinéma français.

Tout au long de sa carrière Becker, en refusant de rentrer dans une catégorie précise, alterne entre les différents genres, allant de la comédie au drame tout en passant par le film policier et le conte. Il conserve cependant le même style esthétique, lui permettant ainsi d'occuper une place privilégiée au sein de notre cinéma national.

Goupi Mains Rouges, premier grand film réalisé en 1942, présente déjà les caractéristiques principales qui reviendront tout au long de ses films : la mise en scène sobre et minutieuse, le réalisme et le jeu des acteurs toujours brillant. Le film introduit également le sujet de prédilection du cinéaste : la fraternité masculine, que ce soit dans le milieu populaire, gangster ou carcéral (Casque d'or, 1951, Touchez pas au grisbi, 1953 et Le Trou, 1959), l'homme évolue en groupe mais en ressort constamment trahi par ses semblables.

Les personnages sont donc au cœur de ses films et permettent aux acteurs de signer l'une de leurs meilleures performances. C'est notamment le cas de Jean Gabin qui, après un passage à vide, revient sur le devant de la scène avec Touchez pas au grisbi (1953). Adaptation du roman d'Albert Simonin, le film rompt avec les règles du genre et introduit le film noir à la française. Préférant les scènes de la vie quotidienne aux actions grandiloquentes, Becker filme l'humanité de ses personnages, qui ne peuvent échapper à leur condition de gangsters.

Le Trou, dernier film réalisé peu avant sa mort, va encore plus loin dans les choix de mise en scène et donne ses lettres de noblesse au genre du film noir. Becker choisit des comédiens amateurs, dont l'un joue son propre rôle à l'écran, contribuant à l'impression d'authenticité du film. Le cinéaste est un maître de la digression, comme il le disait lui-même : « Les sujets ne m’intéressent pas en tant que sujets […] seuls les personnages de mes histoires m’obsèdent vraiment au point d’y penser sans cesse ». Raison pour laquelle il dilate le temps afin de capter leur essence, en mettant en scène les moindres gestes de ses protagonistes.

François Truffaut fait l'éloge de cette dernière œuvre en écrivant dans France-Observateur : « C'est bien d'un film testament qu'il s'agit, et il est peu de films à travers lesquels on devine à ce point les réflexions de l'artiste. »

Si Becker est reconnu par ses semblables et encensé par les « Turcs » des Cahiers du Cinéma, c'est notamment pour les qualités plastiques et narratives de ses films. Les futurs réalisateurs de la Nouvelle Vague voient en lui « un passeur de modernité » qui marque à jamais l'histoire du cinéma français.



LaCinetek vous propose de (re)découvrir sa filmographie à travers six films :